Encan-bénéfice – Campagne de financement 2025-2027
* L’encan prend fin le 3 avril 2025 à 19 h
Un encan-bénéfice repensé
La Fondation Grantham pour l’art et l’environnement (ci-après la Fondation) a le plaisir de vous inviter à participer à un encan-bénéfice d’œuvres d’art du 20 mars au 3 avril 2025, dans le cadre de sa prochaine campagne de financement 2025-2027.
Désireuse de ne pas s’appuyer sur la générosité des artistes trop souvent sollicité·e·s, la Fondation a choisi d’inviter les collectionneur·se·s du Québec et de l’Ontario à prendre la relève et à céder des œuvres des années 1950 à aujourd’hui qui leur tenaient à cœur. Une trentaine de personnes ont répondu favorablement à notre invitation.
La Fondation a également fait appel à un comité de sélection composé de trois expertes du milieu de l’art, Anne-Claude Bacon, Jo-Ann Kane et Marie-Justine Snider, pour s’assurer de la qualité des œuvres et de leur représentativité.
Dans un même souffle novateur, bien que le droit de suite ne soit pas reconnu au Canada et aux États-Unis, la Fondation versera un cachet bonifié aux artistes conformément aux meilleures pratiques européennes. Le droit de suite consiste à verser aux artistes un pourcentage sur la plus-value des œuvres lors de leur revente en galerie ou aux enchères. À titre exceptionnel, la Fondation s’engage à verser aux artistes une somme correspondant non pas à un pourcentage de la plus-value des œuvres mais, mieux encore, à 5 % de leur prix de vente.
Graphisme : Louise Paradis
Artistes
Nicolas Baier · Ari Bayuaji · Mathieu Beauséjour · Dominique Blain · Guy Borremans · Louis-Pierre Bougie · Geneviève Cadieux · Tammi Campbell · Michel Campeau · Annie Descôteaux · Jannick Deslauriers · Pierre Dorion · Evergon · Éliane Excoffier · Mark Francis · Betty Goodwin · Pascal Grandmaison · Angela Grauerholz · Mathieu Grenier · Karine Giboulo · Jean Goguen · Adad Hannah · Michel Huneault · Hua Jin · Moridja Kitenge Banza · Chris Kline · Marlon Kroll · Nicolas Lachance · Daniel Langevin · Stéphane La Rue · Fernand Leduc · Maclean · Guido Molinari · Monique Mongeau · Jean-Pierre Morin · Caroline Monnet · Marie-Jeanne Musiol · Nadia Myre · Guy Pellerin · Marc Séguin · Matt Shane · Serge Tousignant · Irene F. Whittome
Catalogue
Capsules vidéo
Texte d’introduction du catalogue
Opérateur du contemporain : les temps du collectionneur
Johanne Lamoureux
Historienne de l’art
Université de Montréal
La définition de la collection, réduite à sa plus simple expression dans les dictionnaires non spécialisés, se limite le plus souvent à deux termes : assemblage d’œuvres (ou d’éléments). L’accent est ainsi mis sur l’accumulation davantage que sur la sélection, la suite de choix et d’engouements dont résulte la collection.
Si on consulte les définitions des encyclopédies ou d’ouvrages spécialisés, l’équation se complique et la définition pourra cumuler jusqu’à dix caractéristiques différentes dont la grande majorité s’applique aux collections privées : principe directeur ou air de famille, mise en ordre et classification, fonction prépondérante (positionnement social, recherche, contemplation, éducation, etc.), fabrication et maintien de valeurs (authenticité, rareté, maestria, originalité, etc.)
Enfin, et parce que le collectionnement est une action, la collection n’est jamais naturelle ou donnée mais toujours produite. Elle relève ainsi d’une intention (affirmée ou latente, laquelle peut n’émerger qu’au fur et à mesure que se multiplient les choix d’œuvres et que se précise leur focalisation).
« Ensemble et c’est tout ! »
Dans l’histoire de la langue française, le terme « collection », au sens où nous l’entendons aujourd’hui, surgit tardivement, et bien après que ne s’en soient répandues les pratiques. « Collection : n.f. est emprunté au latin collectio “action de réunir”, “ce qui est recueilli ensemble”, employé comme terme de médecine ; c’est d’abord au sens médical “amas de pus” (1300) que le mot français est attesté. Il passe dans l’usage général au sens de « cueillette de fruits » (1371), que lui dispute cueillette, et, au XVIIe siècle, désigne une compilation et ce que l’on nommerait aujourd’hui une anthologie. Son sens moderne de “réunion d’objets ayant un intérêt esthétique, historique ou scientifique” est plus tardif (v. 1775). » (Robert : 1992)
Ce nouvel emploi du terme collection ouvrira la voie, environ soixante-quinze ans plus tard, au substantif collectionneur et à la cristallisation d’une première figure de ce dernier qui apparait dans la littérature du milieu du XIXe siècle. Comment a-t-on pu en faire l’économie si longtemps? En désignant alors les propriétaires de collections par de fort belles désignations souvent inscrites sous le régime de l’affect : amateur (dont on entend la racine amoureuse), curieux (où résonne un principe pulsionnel), et parfois antiquaire. Et surtout qu’apporte donc l’invention du collectionneur à la notion de collection?
L’une des plus fines réponses à cette question demeure celle de Bernard Vouilloux (2009) qui distingue la mise en discours de la collection, (telle qu’elle se caractérise par un ensemble de procédures descriptives : listes, inventaires, énumérations) de la mise en discours du collectionneur, laquelle aura d’emblée recours à la narration et à la mise en récit. Le collectionneur introduit dans la collection le principe de la subjectivité, un point de vue, une perspective, une intention et de l’affect (ceux des fameux coups de cœur). Certains diront même : du symptôme. Car s’agite bien vite, derrière les premières figures de collectionneurs, le spectre de la pathologie dont il s’agirait, autour de la collection, de reconnaitre le seuil. Comme le rappellent Joëlle Le Marec et François Mairesse (2017), le psychiatre Henri Codet, dans son Essai sur le collectionnisme (1921) réfléchissait déjà sur les conditions nécessaires au développement d’une pratique de collectionneur et à son évolution ou dérapage pathologiques.
Cela détermine certainement les premières représentations typées du collectionneur (célibataire, asocial, excentrique) dans la figure duquel s’articule une étrange configuration des temps. Le Cousin Pons de Balzac (1847) demeure le paradigme de cette opération. Dès les premières pages, Pons déambule sur les Boulevards où son accoutrement daté suscite l’hilarité des badauds. À l’heure où triomphe la redingote, il reste fidèle à son spencer, un veston court qui ne se porte plus depuis Napoléon. Pons surgit dans l’espace public comme un « meuble d’époque », un « débris d’Empire », soutient Balzac. On s’étonne de voir le personnage décrit d’emblée comme en retard sur son temps, alors que la modernité nous l’a fait davantage associer à l’anticipation et à l’avant-garde. La contradiction n’est qu’apparente car la « physionomie » du collectionneur ne s’arrête pas à son costume. Erica Wicky (2017) a bien montré que le collectionneur du XIXe siècle possède, outre son œil exercé, un nez étonnant. Il a du flair. En cela, et par sa revalorisation d’un sens moins célébré que la vue, il anticipe et préfigure ce que sera le goût de demain. Il procède donc à une articulation complexe des temps et se déploie dans une temporalité qui, faisant le pont entre le temps d’une mode révolue et la préfiguration d’un proche avenir, parait tout à fait élider le présent. Erreur. Le philosophe Giorgio Agamben a défini la contemporanéité comme « une singulière relation avec son propre temps, auquel on adhère tout en prenant ses distances : elle est très précisément la relation au temps qui adhère à lui par le déphasage et l’anachronisme. Ceux qui coïncident trop pleinement avec l’époque, qui conviennent parfaitement avec elle sur tous les points, ne sont pas des contemporains parce que pour ces raisons mêmes, ils n’arrivent pas à la voir. Ils ne peuvent pas fixer le regard qu’ils portent sur elle ». (Agamben : 2008, 11).
La modernité est un projet velléitaire qui implique une reconnaissance et une identification : « il faut être résolument moderne », dira Rimbaud. Mais il semblerait que la contemporanéité se vive autrement. Pons, collectionneur archétypal du XIXe siècle, en un temps où le celui-ci faisait encore fi de l’art contemporain (c’est alors l’intérêt des seuls mécènes) aurait somme toute incarné la modalité passionnée mais distanciée qu’exige une contemporanéité bien comprise. Agamben encore : « Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps. »
Bibliographie
AGAMBEN, Giorgio (2008). Qu’est-ce que le contemporain ? Paris : Rivages.
LE MAREC, Joëlle et François MAIRESSE (2017). « Collectionnisme et pratiques de recherche » in Enquête sur les pratiques savantes ordinaires. Lormont : Le bord de l’eau, 11-27.
VICKY, Érica (2017). « L’œil, le goût et le flair : les compétences sensorielles du collectionneur fin de siècle » in Sociétés et Représentations. Vol. 2 no 44, 151-162.
VOUILLOUX, Bernard (2009). « Le collectionnisme vu du XIXe siècle » in Revue d’histoire littéraire de la France. Vol. 109 no 2, 403-417.